par Matthieu Hoffstetter

Dans la 6e édition de leur Global Talent Competitiveness Index (GTCI), Adecco et l’Insead placent la Suisse à la première place mondiale. Notre pays attire toujours les talents du monde entier, même si la disponibilité de populations immigrées ou les inégalités femmes-hommes grèvent cette performance.

Que la Suisse ait des atouts pour attirer les talents n’est pas nouveau. Depuis de nombreuses années, notre pays a renforcé son attrait aux yeux des étudiants, chercheurs, ingénieurs, cadres dirigeants, managers, entrepreneurs du monde entier. Avec la combinaison d’un tissu de PME performantes et d’une série de leaders mondiaux dans leurs secteurs (pharma, agroalimentaire, finance, industrie,…), la Suisse s’est positionnée depuis la deuxième moitié du XXe siècle dans le peloton de tête des destinations pour les talents de la planète.

En plus d’une neutralité garantissant sa paix, d’un système politique original soutenant la stabilité législative et d’une propension à favoriser le business, la Suisse offre aux étrangers venus exercer leur activité de prédilection sur son sol une économie résiliente qui a mieux que d’autres traversé les dernières crises majeures, un marché de l’emploi dynamique et flexible, un niveau de revenus parmi les plus élevés de la planète. De quoi non seulement attirer les talents, mais aussi leur garantir une visibilité sur le moyen et long terme, quels que soient les aléas de leur carrière.

La Suisse toujours à la 1ère place

Au cours des dernières années, la Confédération, les cantons et les villes ont particulièrement misé sur la formation. Hautes écoles, universités et écoles polytechniques fédérales ont ainsi vu leur reconnaissance internationale accrue et cela a aussi contribué à convaincre les jeunes talents étrangers d’opter pour notre pays.

La première place de la Suisse dans ce 6e classement mondial de la compétitivité sur le marché des talents, publié lundi 21 janvier, vient donc conforter cette stratégie. Depuis que le rapport existe, la Confédération demeure au sommet du classement. Pour Adecco et l’Insead, partenaires de cette opération Global Competitiveness Talents Index (GTCI), menée en partenariat avec Tata Communications, la Suisse demeure cet eldorado européen où les meilleurs potentiels du monde envisagent de s’installer et de faire carrière. Dans de nombreuses catégories, la Suisse reste au sommet mondial: fluidité du marché du travail, facilité à recruter, relations employeurs-employés, mobilité sociale, formation continue, qualité des formations dans les écoles de management, durabilité, performance environnementale, adéquation du système de formation avec les besoins de l’économie, ou encore débouchés de l’innovation.

Un tableau idyllique? Pas vraiment. Si la Suisse peut se gargariser de sa place de numéro 1, cette dernière ne peut occulter un certain nombre de points négatifs, dont certains pourraient menacer l’attractivité du pays à moyen terme. Au-delà de l’anecdotique 42e place mondiale pour l’inscription d’une génération dans les établissements d’enseignement supérieur (la formation duale précoce compense largement ce fait pour l’économie suisse), les dépenses dans ce même secteur de l’enseignement supérieur ne sont pas à la hauteur des enjeux et relèguent le pays à la 27e place mondiale.

La Suisse pêche au niveau de l'égalité femmes-hommes

C’est surtout la place des femmes dans l’économie qui inquiète. Le faible nombre de femmes diplômées relègue la Suisse au 85e rang mondial sur ce critère, loin non seulement des autres pays d’Europe occidentale, mais aussi de nombre de pays émergents et de certains pays pauvres de la planète. La Suisse continue de laisser de côté la moitié de sa population. Et en ne la formant pas, elle se prive de talents, d’idées, de solutions nouvelles.

Cette différence femmes-hommes se retrouve également au niveau des revenus: les femmes gagnent en moyenne de 15 à 20% de moins que leurs homologues masculins en Suisse. Un différentiel qui relègue la Suisse au 27e rang planétaire. Quant aux opportunités de postes de leadership offertes aux femmes, la Suisse fait à peine mieux avec une 20e place mondiale.

Au-delà de l’impact sur les femmes nées et ayant grandi en Suisse, ces mauvaises performances se révèlent également un handicap sur l’attractivité globale du pays: à l’heure où les talents d’aujourd’hui et de demain ont rompu avec le modèle ancestral basé sur la prééminence masculine en matière de carrière, il devient plus ardu de convaincre une femme mais aussi un couple ou une famille de venir s’implanter en Suisse si le pays se montre si conservateur et fermé aux carrières féminines.

«Le poids des traditions est encore fort en Suisse, avec un rôle de mère très important pour bon nombre de femmes. Cela les empêche de s'impliquer pleinement dans leur carrière. Cet héritage culturel est encore rendu plus handicapant pour les femmes en raison de rythmes scolaires qui ont longtemps offert aux enfants des demi-journées à la maison, et ce sont souvent les femmes qui pris ce rôle à charge», constate Nicole Burth, CEO d'Adecco Group Switzerland. Pour lutter contre ce biais, en plus de l'éducation des jeunes générations à un meilleur partage des rôles vis-à-vis des enfants, Nicole Burth souligne l'importance à court terme des autorités: «En modifiant les rythmes scolaires, en gardant les enfants à l'école sur des périodes plus longues, on permet aux femmes de consacrer dès à présent davantage de temps à leur carrière».

Ces mauvaises performances de la Suisse sur le thème du genre tirent vers le bas la note du pays dans la catégorie «Attractivité» du Global Talent Competitiveness Index et le pays n’émarge qu’au 5e rang mondial. Un classement également dû pour partie à un déficit dans le secteur de l’inclusion sociale: si la mobilité sociale est au firmament en Suisse, l’acceptation des minorités et des immigrés reste relativement faible dans le pays et la Suisse n’émarge respectivement qu’aux 14e et 34e rangs mondiaux sur ces deux indices précis. Là aussi, cela peut contribuer sur le moyen terme à réduire sensiblement l’attractivité de la Confédération à l’échelle internationale: comment convaincre des talents étrangers qu’ils auront leurs chances de mener une carrière réussie et épanouissante dans un pays qui n’est pas disposé à leur accorder toute la place que leurs capacités méritent. Et en se privant de talents étrangers, c’est toute l’économie qui est pénalisée: privées de talents de premier ordre, les PME et multinationales helvétiques pourraient voir ces derniers se diriger vers des concurrents étrangers et ceux-ci s’en trouveraient considérablement renforcés.

Les qualités entrepreneuriales à tous les niveaux

Cette année, les auteurs du rapport se sont particulièrement focalisés sur l'attractivité aux yeux des entrepreneurs. «L’entrepreneuriat semble devenir un talent décisif pour réussir; tous les types d’organisations veulent attirer et développer les talents entrepreneuriaux, à une époque à laquelle les écosystèmes tout autour du monde sont redessinés par la transformation numérique», note Felipe Monteiro, professeur de stratégie à l'Insead et co-directeur du rapport GTCI. 

«Nous assistons à une grande stabilité cette année: les dix premiers sont les dix premiers de l'an dernier. Et nous réalisons aussi que les qualités entrepreneuriales sont plus que jamais recherchées. Pas seulement au niveau du top management mais à tous les échelons des entreprises: c'est le secret des entreprises les plus dynamiques que de se baser sur des talents aptes à oser, à créer, à penser au-delà des habitudes et des cadres. C'est la clef pour s'adapter à un monde en constante évolution», complète Bruno Lanvin, directeur exécutif de l'Insead et co-auteur du rapport.

Zurich dans le top 10 mondial

Autre nouveauté de cette édition 2019: un classement des villes les plus attractives pour les talents. «Nous avons décelé d'importantes disparités au sein de mêmes pays. Et il nous a semblé judicieux de nous focaliser sur cette échelle qui concentre plus encore qu'un pays le bassin de vie et déploie une attractivité particulière aux yeux des talents de la génération à venir», analyse Enrico Bonatti, senior vice-président de Tata Communications.

A ce niveau de granularité, la Suisse tire encore son épingle du jeu. Mais c'est grâce à Zurich. La métropole alémanique est la seule ville helvétique à réussir à lutter avec Washington DC, Paris, Boston, New York ou Séoul et se hisser dans le top 10. Elle rejoint d'autres cités européennes (Vienne, Oslo, Copenhague, Helsinki). Avec son 5e rang, la cité des bords de la Limmat est même la première ville du classement qui ne soit pas une capitale d'un pays. 

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